Kayak de mal de mer


«Rendez-vous à 15h à la base nautique, si tu n’y es pas on part sans toi»

Bon, c’est pas que je veuille me la jouer blasé mais même à 28 degrés, piscine trois fois depuis le début de la journée, ça fait quand même beaucoup. Et boire c’est pas vraiment mon truc. Surtout en «all inclusive». C’est fou la quantité de gens qui passent son temps à se bourrer la gueule à partir du moment où ça a l’air gratuit. Avec un soleil quasi vertical la moitié de la journée, pas la peine de se demander pourquoi le lendemain ils ne font pas surface avant midi.

Pas barbotter, pas boire, pas fumer non plus oui je sais je cumule tous les défauts, à moins que mes vices ne soient tout simplement pas avouables. Mais qu’ai-je donc fait entre temps ? Mes cartes postales ! Et oui, à l’heure du livetweet il y a encore quelqu’un qui croit aux vertus du courrier physique et papier, au matériel, au tangible. Même s’il ne s’agit que de phrases convenues derrière un carton glacé c’est un objet, c’est matériel, c’est du concret. Un bout de ma réalité qui traverse le monde pour rejoindre la tienne. Tiens tu me diras quand tu l’as reçu, d’ailleurs. En com’ sur ce post si tu veux.

Café-Cartes postales

Café-Cartes postales

Le temps de récupérer dans la boite des départs la carte que j’avais rédigée pour toi avec tellement d’amour et de fébrilité que j’en ai oublié d’y porter ton adresse, et j’arrivais à la base nautique à 15:00 pile tapante à l’écran de mon BlackBerry. Je le porte toujours à gauche, ça fait montre.

Personne.

Enfin disons personne que je cherche. Juste le personnel, en nombre d’ailleurs plutôt réduit en ce jour de Noël. Non il n’a pas vu de clients. En tout cas ne vient pas de faire partir de kayak de mer à l’instant.

Piscine principale

Piscine principale

Demi-tour richtung piscines à la recherche de la famille perdue. Piscine principale, rien. Plage, personne que je cherche. Les îlots intérieure et extérieure, pas plus. Je reviens donc et trouve, évidemment, les manquants déjà équipés en train de s’encrêmer avant d’appareiller : «Je sais pas s’il lui reste un kayak, t’avais qu’à être à l’heure». Oui bien sûr. Pardon, en plus de l’avoir été, de ne pas avoir fait l’égoïste.

Je m’encrême donc aussi. Avec douceur et prudence parce que même si, exception tropicale, j’ai fait attention ces jours derniers en acceptant de m’enduire, les parties les plus exposées, celles que je croyais pourtant les moins vulnérables car toujours à l’air n’ont pas tenu le choc : dessus des pieds, tibias, avant bras. J’ai le tatouage «père Noël» : rouge là ou ça voit le soleil, blanc partout ailleurs.

Je cherche une pagaie et un gilet à ma taille, l’attache lundi à dimanche histoire de paraître encore plus ridicule et de laisser filer encore plus de temps et lorsque je suis enfin prêt à embarquer sur mon esquif – mais oui il y en avait d’autres, ils étaient simplement tirés au sec – sans m’attendre évidemment, ils ont déjà contourné le mouillage de La Magicienne.

La Magicienne

La Magicienne

Le kayak de mer est une sorte de gros supositoire à taille unique, moulé tout d’une pièce dans le plastique avec en creux l’emplacement pour caser les fesses et les pieds d’un mannequin taille Sarko, c’est fou le nombre de petits privilèges que confère une position élevée. En plus de ça j’ai pris des coups de soleil alors qu’il a Bruni.

Mauvaise position donc, et donc roulis au départ. J’embarque deux litres d’eau sur mon côté gauche. Adrénaline. Panique imminente. Dois-je m’en inquiéter ? Bof, non. Le supo est censé être insubmersible et il aura au cours du voyage l’occasion d’embarquer plus d’un paquet de mer.

Nuit tropicale

Nuit tropicale

[meta:on]La partie précédente du récit avait été rédigée hier soir avant le coucher. Pour ce qui suit, nous sommes maintenant dans la pose «nuit tropicale», sur le large balcon du bungalow, avec sa rambarde verte de bois au style lounge. La boisson de la nuit est un coca mais j’avoue avoir un peu triché : j’ai forcé le hasard en repérant en plein jour la position des bouteilles. C’est pas que je sois un super fan de coca mais après plusieurs Sprite de suite j’avais envie de changer sans pour autant tomber sur le Schweppes. Et maintenant des nouvelles de la météo : l’alizé forcit, j’espère que nous n’allons pas vers la tempête et, sacrilège, pour sortir écrire j’ai du enfiler mon pyjama. Non, la livecam n’est pas chez Wikileaks[meta:off]

Le balcon

Le balcon

Via la nave donc. Premier coup de pagaie à gauche, je pivote immédiatement à droite. Un autre à droite, rebelotte à gauche. J’ai l’impression que mon popotin plombé fait comme une quille autour de laquelle je tourne comme une toupie. J’avance cependant. Un peu. Je réessaye, plus vite. Effectivement ça va mieux si on ne laisse pas à l’esquif le temps de décider. Un pagayage (pagaiement ?) cadencé permet de corriger un changement de direction en lui en supperposant un autre.

De toutes façons j’ai rapidement un autre sujet de préoccupation : Je viens de franchir la platitude calme de l’anse de départ – une vraie baignoire

L'anse de départ

L’anse de départ

– et affronte maintenant un adversaire majeur, flou, multiple et sans visage, la vague. De face, ma foi, ça va. On s’y fait vite et c’est même plutôt amusant. L’étrave fend la crête, l’embrun raffraichit, un peu de tangage et on surfe sur la suivante. Whoopie ! Ne manque plus que le chapeau de cow-boy et ce serait le rodéo en gilet de sauvetage. D’autant que je souque ferme pour tenter de rattrapper, suis-je con, ceux qui m’ont planté là.

Puis vient le virage. À gauche pour contourner moi aussi le catamaran d’excursion. La vague me prend désormais de travers. Le tangage se transforme en roulis et j’ai l’impression que c’est uniquement à mon centre de gravité surbaissé au fond de mon baquet que je dois de ne pas partir en tonneau. Du coup j’accélère. La vitesse me stabilise et voir ma cible se rapprocher dans ma ligne de mire me galvanise. Je les atteinds enfin. Ah ils étaient déjà arrêtés ? Petits joueurs. Grand seigneur on n’en fera pas la remarque. Après tout la vie n’est pas une compétition.

L’un fait demi-tour, déjà. Enchanté par cette première sortie certes mais, inconstante adolescence, déjà envie de faire autre chose. Piscine peut-être. Surveil périodique du regard jusqu’à ce que, presque arrivé, il disparaisse à l’angle du bateau amarré.

La Magicienne

La Magicienne

On continue à deux donc. Jusqu’au plus gros des ilots qui peuple ce coin de baie. Noirs, basaltiques, mais broussailleux. Se pose la question d’en faire le tour, et puis non. Peur que ce soit trop long et surtout crainte d’être directement exposé aux vagues du large. J’ai vu ce que ça a déjà donné à plus petite échelle, on abandonne. «De toutes façons j’en fais depuis 10mn de plus que toi, je rentre». Oui bien sur. Pendant ces 10mn je faisais un beach-volley. Quoique j’aurais pu après tout, je suis en vacances.

Bon ben je continue tout seul. Au lieu de tourner l’ilot j’emprunte la même route qu’avait suivie le catamaran pour nous emmener voir Cap Malheureux lors de la sortie snorchelling.

Kayak

Kayak

Pas la peine d’essayer d’innover : je ne peux pas rentrer à pieds, autant capitaliser l’expérience autochtone. J’étais passé trop vite l’autre jour pour bien profiter de ce paysage. Archipel d’ilots, empilement de blocs basaltiques, très noirs mais très verts aussi. Couverts de buissons gras qui vont prendre racine jusque dans le sable en pleine eau salée. La vie est formidable

Les ilots

Les ilots

Cabotage entre les îles, attention à ne pas racler le fond. Si je la plante verticale, le bout de ma pagaie ne s’enfonce que de la longueur de sa palme. D’ailleurs un léger raclement me signale que les zones sombre ne sont pas des masses d’algues mais des roches à fleur d’eau. De rocher en rocher je trouve une tache rouge, incongrue sur la mer. Une sorte de cube émoussé. De loin c’est un coussin. De près un vulgaire bidon à moitié couvert d’algues qu’un pêcheur à planté comme bouée afin de repérer ses casiers.

Retour jusqu’au contournement de La Magicienne. En diagonale afin de ne pas, comme à l’aller, prendre les vagues par le travers direct. D’ailleurs l’aurore pointe et la canette est vide. Le chant matinal des oiseaux est un vrai concert qui ne me donne pas envie d’aller me recoucher.

Aurore

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Comme le H du mot Hawaï, je ne sers à rien Voir tous les articles par grmin

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