26 degrés ? mais il habite à Lille, Maurice


À l’arrivée aux comptoirs d’immigration de Maurice on se croit tombé par hasard en plein happening à la gloire d’Orange. Au point de tourner la tête pour voir si on ne s’est pas trompé, s’il n’y a pas ailleurs les vrais guichets officiels ou si l’on est bien obligé de s’incruster dans cette fête à laquelle on n’a pas été invité : gros bandeau Orange de 10m de long sur la casquette coiffant la ligne des guichets, film publicitaire à la gloire d’orange diffusé en boucle sur les écrans plats de 46 pouces disposés derrière chaque fonctionnaire et surtout un effet de masse, presque répulsif, à la vue de la forêt de poteaux support de lignes de file, cylindres rectangulaires coiffés sur chaque face du même placard massif Orange, agressifs de part le simple nombre, violant par leur omniprésence le rituel d’arrivée. Je leur en veut d’avoir transformé une simple formalité administrative, fastidieuse mais nécessaire et surtout, rituelle, en une foire mercantile et qui plus est, inutile.

En effet je ne suis pas chez Orange. J’ai un abonnement pro chez Bouygues et j’ai desactivé la puce afin de ne pas avoir une mauvaise surprise en cas de roaming non maîtrisé. Je ne vais donc pas me ruer vers le service clients de chez Orange pour activer l’option 3G haut débit. Bref. Inutile et agressif, ça aura juste servi à me donner prétexte à râler dès le premier pied posé sur l’ile.

Tout ça pour en arriver au fait qu’il n’y a pas de wifi ici donc pas d’accès à internet du tout et je devrais donc attendre pour poster ce texte, peut-être jusqu’à mon retour.

Bien qu’omniprésente, la clim n’arrive pas tout à fait à masquer la température presque étouffante dans cet espace ouvert qu’est l’aéroport. Ça tombe bien, je suis venu pour ça. Valises récupérées rapidement, traversée du parking pour les charger dans le bus. 26 à l’ombre parait-il, mais il n’y a pas d’ombre sur le bitume.
Midi locale passée, mais pas faim malgré un tidej avant 7h : l’effet de 3h de décalage. Dans ce sens et de cette amplitude c’est pas gênant. Au contraire. La nuit en jumbo a été très inconfortable. J’ai dormi certes, mais en pointillés faute d’avoir pu trouver ma position. J’ai même trouvé l’occasion de me faire une ampoule en dormant. Champion !

Il est assez cocasse de voir la stratégie que chacun a déployé pour s’adapter au changement de température. Pour ma part j’ai sorti la casquette sur la passerelle de débarquement puis au pied du bus remplacé mes lunettes claires par les teintées et là je souffre presque de n’y voir que dalle au travers des vitres teintées du bus. Le pull et la polaire étaient déjà dans mon sac à dos, mes tennis et mon t-shirt antitranspirant me laissent tranquilles mais mon jean fait cocotte minute. Vivement l’hôtel pour l’enlever.

Quelques manteaux sont descendus de l’avion. Et des bottes aussi. Il faut dire que Paris se relevait à peine de deux chutes de neiges abondantes et bloquantes, et qu’on en attendait une troisième pour … Quand au fait ? Aujourd’hui ? Demain ? Au fond je m’en fous. Maintenant je suis hors du monde. Tropique et palmiers, traversée à altitude zéro de la mosaïque de champs survolée à l’atterrissage, ciel devenu de plomb et conduite à gauche, je suis bien là où j’avais prévu d’aller.

Les manteaux ont vite fini coincés entre les oreilles des poignées du sac. Je n’ai pas vu ce qu’il était advenu des bottes. Retenez ça mesdames. Jamais de bottes en avion. Outre le fait que ça embarrasse quand on se rend dans les pays chauds, c’est contrainte assurée au passage de la PAF avec obligation de se déchausser et d’enfiler à la place de disgracieux sachets élastiques, façon charlotte-o-pieds dans lequel quantité de pieds ont transpiré et échangé leurs mycoses. Osez le nu-pieds. Et si en plus vous portez une ceinture ce sera l’humiliation assurée de devoir l’ôter en public, moment de petite honte devenu banal tant il est partagé.
Le PAFiste était déçu. Pas de clef sur moi, pas de montre, pas de demi litre d’eau dans lequel j’aurais pu camoufler de l’acétone, pas d’objet sonnant ou contondant déclenchant l’alarme et motivant ensuite une fouille au corps. Hmm vas-y j’aime ça. On a beaucoup écrit sur l’atteinte aux libertés que représentait le renforcement des mesures de securité. Scanner déshabillant ou, si on le refuse, fouille approfondie. Mais qui s’est interrogé sur la souffrance morale de ces braves fonctionnaires obligés de palper les masses adipeuses de quidams qui ne leur sont rien ? Ce ne sont pas toujours les plus mignones que l’on prend pour des terroristes.

Rien à déclarer. Et fin de l’autoroute. Le bus arrive en ville et ralentit pour rendre hommage au bouchon. C’est assez troublant de voir qu’on roule à gauche, que les panneaux de circulation sont rédigés en anglais, mais que les affiches de pub sont en français et les voitures immatriculés selon notre ancien système : 3 chiffres, deux lettres, deux chiffres. Je me prends à me demander où, sur une Île de cette taille, se trouvent l’essonne, les hautes alpes, la haute vienne et le doubs. Je réserve mon joker pour les départements 00, 98 et 99.

Mis à part quelques monstrueux délires d’architecte à Port-Louis qui a tout d’une ville, les constructions sont plutôt basses et proprettes, entourées de champs ou de nature., avec des rues bien délimitées et certaines goudronnées de frais. Vu d’avion on aurait dit un pays de poupées.

Les chantiers abondent le long de la route près de la capitale. Pays en mutation sur le point de perdre son âme. La laterite expose ses entrailles rouges sous la lame des bulldozers. Toutes les nuances d’ocre se déploient au regard : rouille presque sanguine sur les terres arrosées puis plus où moins claires selon l’ancienneté de leur excavation jusqu’au presque jaune de l’herbe brûlée par la chaleur permanente et, à l’autre extrémité, le rouge des fleurs et des publicités. Certains quartiers semblent achetés par coca cola même si la marque n’y est pas apposée.
Rouge donc. Et vert. Beaucoup d’arbres, arbustes, buissons, palmiers et champs aux cultures diverses et difficiles à identifier. Jusqu’à l’eau du port : toutes les nuances de vert sont répertoriées.

Vert et rouge semble une courge. Je n’aurais pas eu idée, avant d’y aller, de comparer Maurice à une cucurbitacée.

Maurice est une ile volcanique

Maurice est une ile volcanique

traversée à altitude zéro de la mosaïque de champs survolée à l'atterrissage, ciel devenu de plomb

traversée à altitude zéro de la mosaïque de champs survolée à l’atterrissage, ciel devenu de plomb

au bour de l'aile, c'est Masagascar

au bour de l’aile, c’est Masagascar

l'intérieur du 747 a l'embarquement

l’intérieur du 747 a l’embarquement

mon petit coin ce ciel bleu

mon petit coin ce ciel bleu

La vue depuis la chambre

La vue depuis la chambre

et oui le Père Noël passe ici aussi

et oui le Père Noël passe ici aussi

le Flamboyant

le Flamboyant

Compagne de voyage

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