Falaise


C’est entre 0h12 que je me réveille et 1h11. Pas au premier frisson de l’aube naissante dont la fraicheur fait frémir et se résoudre, malgré soi, à abandonner les limbes du demi-sommeil pour entamer une nouvelle journée monotone. Non. A la fin du premier cycle. Quand, réduit à attendre le passage de la prochaine rame du métro du sommeil pour poursuivre le voyage noctambule par dessous la véhémence de la turpitude quotidienne et consciente, enfin libre de me laisser aller à être moi même, je peux alors m’abandonner à contempler la tapisserie mouvante de la face interne de mes paupières closes.

Je cours alors me réfugier dans cette chapelle décrépite, abandonnée au vent et aux embruns au beau milieu du chemin des naufrageurs, frontière indécise entre lande et falaise, tremplin subversif vers la vague noire et blanche de nuit et d’écume qui, sous la lune gibbeuse, attaque et mord sans relâche les jarrets dolents du mur de calcaire en pleurs.

 

La chapelle sur la falaise

La chapelle sur la falaise

Rencogné contre l’autel, cherchant l’abri contre les tourbillons froids de la petite fenêtre ogivale qui n’a jamais connu le vitrail, j’attends. J’attends mon amie, j’attends ma fille. Celle dont je ne suis pas le père. Celle dont je n’ai jamais connu la mère. Celle que je n’ai jamais vu mais que pourtant déjà je crois connaitre. Celle qui se trouve belle quand elle est amoureuse. Celle qui, amoureuse maintenant, est belle tout le temps.

Je pense à elle et je l’attend. Elle ne sait pas où mais, je le sens, c’est ici un endroit où elle se rend de temps en temps. Je lui écris en silence, sans papier ni stylo : mon encre c’est mon sang et le quadrillage de ma feuille, les circonvolutions tarabiscotées de mon cerveau malade.

Le vent forcit, encouragé par la marée montante. L’illusion de sa voix m’appelle et je sors à sa rencontre. Le halo d’un nuage, pale et lumineux, nimbe la lune blafarde d’ailes d’ange et l’auréole d’espoir. Elle me regarde, me sourit et me tend ses bras, vagues, marée, de larmes, de bonheur, de savoir qu’elle est au rendez-vous. Le précipice n’est qu’une marche à descendre et le flot tumultueux qu’une couche accueillante à laquelle je m’abandonne pour m’endormir, enfin.

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Comme le H du mot Hawaï, je ne sers à rien Voir tous les articles par grmin

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